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" J’ai lu pour vous "
par Pascal Gérardin

 

 

Pour notre septième rendez-vous, " j’ai choisi de vous conter l’histoire d’un homme obstiné, parfois muré dans l’erreur scientifique de son temps, qui a pourtant révolutionné l’observation du ciel ".

C’est ainsi que débute le livre d’Henriette Chardak, " Tycho Brahé, l’homme au nez d’or " aux éditions Presses de la Renaissance. Cet ouvrage est le volet d’une série intitulée " Les rêveurs du ciel ". Tout un programme !

Célèbre astronome, astrologue et alchimiste danois, Tycho Brahé est né il y a 460 ans.

 

 

En effet, de tous temps, les hommes ont eu une certaine vision du monde, on devrait même dire des visions. Les astronomes, les mathématiciens et les hommes d’églises se partageaient entre l’existence d’un système héliocentrique ou géocentrique gouvernant notre Univers. Aristarque de Samos, Copernic, Galilée et Kepler, qui devint assistant de Tycho Brahé, firent tourner la Terre autour du Soleil. Les religions plaçaient l’Homme au centre du monde, Ptolémée, Aristote, Héraclite et Eudoxe de Cnide considéraient notre planète au centre de l’Univers et Tycho Brahé qui, ne pouvant croire la Terre mobile, proposait un troisième système du Monde, le système géo héliocentrique.

C’est ce que raconte l’ouvrage d’Henriette Chardak.  

 

 

 

Henriette Chardak est diplômée des Beaux-Arts et du conservatoire de musique de Besançon, ainsi que de l’école de journalisme de Strasbourg. Elle est l’auteur de Kepler, le chien des étoiles, de Elisée Reclus, l’homme qui aimait la Terre et en 2004 de Johannes Kepler, le visionnaire de Prague.

 

La vie de Tycho Brahé de Knudstrup commence dans les douleurs de l’enfantement. Premier-né de jumeaux mâles le 24 décembre 1546, il est le premier fils du grand bailli de Scanie, région de la péninsule scandinave cédée au Danemark. Alors que Tycho (prénom Tyge latinisé) est un bébé au visage rond et aux yeux noisette déjà ouverts sur le monde, son frère a le teint gris d’un bébé fragile auquel on n’a pas donné encore un nom. C’est ainsi qu’il meurt au cours d’une nuit. Ayant déjà une fille, le père de Tycho avait mis au point un sordide marché avec son frère en lui promettant l’ainé des jumeaux. Il n’était plus question de ce marché. Alors, se sentant floué, le frère, Jorgen, capitaine de vaisseau, enleva Tycho, un an après sa naissance.

 

Dès l’âge de 4 ans, notre futur astronome s’attribua le ciel, étonné que personne ne possédât le firmament. A l’âge de 6 ans, Tycho n’avait qu’un refuge : les livres. " Il se lança alors dans une course débridée vers des trésors de connaissance ", loin des ambitions de pouvoir de son oncle-père. Un an et demi plus tard, il intègre une école luthérienne où il apprend le latin, l’hébreu et l’arithmétique. Enfant distant, angoissé, il fit de sa soif d’apprendre, sa vertu et de la lune, la confidente de ses tourments.

 

Il entra à l’école de Vordingbad sur l’île de Seeland, l’île de Copenhague. Tycho s’adonna au latin et au grec, au théâtre et aux mathématiques. Puis il fut admis comme étudiant à l’université protestante de Copenhague dont le blason révélait l’inscription suivante : " L’aigle regarde vers le haut, vers la lumière du ciel " Tycho pensa immédiatement : " Seigneur, moi aussi, je m’élèverai ! ", révélateur quand on connaît la vie passionnante de cet homme hors du commun.

C’est Scavenius qui le dirigea vers la noble voie de l’astronomie. Il se familiarisa avec les mathématiques arabes. Sans cesse espionné par son précepteur et amèrement déçu d’un premier amour, sa cousine Lizbet, Tycho se réfugie dans l’étude d’Aristote et du système de Ptolémée.

 

Le 21 août 1560, il assiste émerveillé à une éclipse de soleil. Même partiel, ce crépuscule orangé le stupéfia. Il se figura un système cosmogonique, se jura d’y consacrer toute sa vie et " considéra le ciel comme l’écrin d’un amour sublime "

A seize ans, il quitta le Danemark pour l’université de Leipzig où " la maladie de l’astronomie ", comme il disait, l’envahit entièrement.

Etudiant Platon, Tycho observe le spectacle céleste des sept corps sur leurs orbites circulaires où le Soleil est en seconde place au-dessus de la Terre. " Les planètes se rattrapent et se laissent rattraper… " Comment expliquer les pirouettes de Mars et les farandoles de Jupiter et de Saturne ? Tycho se chargera de les prévoir par le calcul. Il se gava de géométrie, étudia toutes les formes de mathématiques, s’appropria un savoir qui le mena à la cartographie de la navigation. Puis il entra, comme apprenti, au service d’Arscenius fabricant de radius astronomiques (instruments servant à viser une planète ou une étoile pour la situer dans l’espace) Tycho ne sera jamais " un astronome de comédie " Il étudia les éphémérides et les contes de Dürer tout en s’intéressant à l’astrologie. Très rapidement il releva des erreurs et des imprécisions dans les conjonctions de planètes par exemple, de la part de Copernic, consignant ses observations dans un recueil d’annotations. Tycho décida de parfaire ses connaissances sur les bois, les métaux et l’alchimie pour être l’artisan de ses propres instruments astronomiques. Il passa des jours à polir, comparer, tâtonner, expérimenter.

 

Ses études de droit achevées, Tycho se retrouva à Tostrup devant le corps sans vie de son oncle-père. Sans aucun héritage ni attache dans cette famille, il se retrouvait bien seul.

Il retourna par obligation vers sa vraie famille que son père, nommé amiral, avait préféré mettre à l’abri d’une nouvelle guerre. Décidemment, Tycho ne pouvait s’entendre avec cet homme obstiné par son rang dans la noblesse danoise. Il rejoignit  l’Allemagne où il acheva d’écrire ses prévisions astrologiques pour l’éclipse de Lune prévue le 28 octobre 1566. Il prédit la disparition du sultan Soliman le Magnifique. Et tout se produisit comme il l’avait annoncé.

 

Après une altercation avec un cousin, Tycho se bat en duel et est malheureusement blessé gravement. Son nez sectionné n’est plus qu’un lambeau de chair. Echappant de peu à la mort, il se réfugia dans sa famille au Danemark pour trouver la paix. Tout en fréquentant la cour du roi Frédéric II, il continuait à observer le ciel, toujours certain que le Soleil évoluait autour de la Terre et que Vénus et Mercure tournaient autour du Soleil. Il se fît confectionner une prothèse en or pour remplacer son nez puis retourna en Allemagne à Augsbourg où sa rencontre avec maître Hainzelius, sénateur et astronome bavarois allait lui apporter enfin la renommée et lui permettre de devenir lui aussi, pour toute la vie, un astronome.

 

Tycho Brahé fabriqua deux compas géants intransportables. Il voulait calculer la hauteur des astres avec une précision à moins d’une minute d’arc et ne supportait plus le savoir ancestral non vérifié, il enrageait de dépoussiérer les sphères célestes. Après d’autres travaux, il améliora un compas qui nécessitait tout de même la force de quarante hommes pour le déplacer. Convaincu d’avoir trouvé son maître à penser, il rencontra en 1570, le philosophe Pierre de La Ramée. Mais sa déception fût grande de constater que le Français ne possédait guère de connaissances en astronomie pure.

 

Le 9 mai 1571, Otto, le père de Tycho, quittait ce monde, entouré de sa famille. Tycho, présent pour la circonstance, retrouve ses proches et hérite d’une partie de l’immense fortune de son père. Mais les yeux toujours tournés vers le ciel, il y remarqua un soir la présence d’une petite boule jaune, une intruse, une étoile plus brillante que Vénus. A l’époque on pensait à l’existence de sept sphères mobiles, la huitième était considérée comme immuable. Et pourtant cette étoile était bien visible, nouvelle dans le firmament. Tycho ne pouvait croire à une manifestation divine, il allait prouver qu’il s’agissait effectivement d’un astre. Le phénomène ne s’était pas reproduit depuis l’an 125 avant Jésus-Christ, Hipparque aurait vu paraître cet astre inconnu. Après dix-huit mois, l’étoile disparut totalement en mars 1573 non sans avoir, avant, considérablement pâli. Elle se trouvait à

7°55’ de la plus brillante étoile de Cassiopée et Tycho avait très bien compris que le phénomène se déroulait à des distances astronomiques. Ces contemporains et lui-même observaient une supernova.

 

Un autre événement bouleversa la vie de Tycho quand il rencontra Kirsten, la fille du pasteur qui l’avait baptisé. C’est le coup de foudre et ils décident très rapidement de se marier en cachette. Un oncle les invite à vivre en l’abbaye d’Herrevad. Tycho consigne ses observations et ses calculs par écrit et, de peur de manquer de papier, fonde la première imprimerie du royaume, puis une verrerie destinée à l’alchimie. L’astronome fît imprimer un almanach d’astrologie et de météorologie puis se décida enfin à éditer son traité sur l’étoile nouvelle et la résolution de l’énigme de la parallaxe accompagnée de la précision trigonométrique utilisée. Il améliorait ainsi l’art d’arpenter le ciel, par une triangulation simple et efficace.

 

Son épouse, Kirsten, mît au monde une fille, ce qui les encouragèrent à dévoiler leur mariage à leur famille. En plein été 1574, naquit leur deuxième fille. La même année, Tycho Brahé fut reçu à la Cour du roi Frédéric II qui lui demanda d’ouvrir un cours d’astronomie à l’université. Mais Tycho n’avait qu’une idée : construire un observatoire. Pour cela, il rêvait de posséder l’île de Hveen entre Copenhague et Elsenem. En 1576, Sa Majesté lui offrait officiellement cette île et ses habitants. Puis Tycho sillonna l’Europe jusqu’à Venise. Quelques temps après, une épidémie emporta sa première fille.

 

L’astronome ne possédait toujours pas de demeure digne de son état. Il commença donc la construction du magnifique château d’Uranibourg (" palais d’Uranie ") et d’un observatoire sur son île. Il était également déterminé à faire des milliers de mesures pour situer la place de la Lune, du Soleil, des étoiles et des  planètes. Il recherchait toujours l’exactitude des calculs à l’aide de compas, de sextants astronomiques et d’horloges. Il observa de nouveau une éclipse de Lune et le passage d’une comète en prouvant à chaque fois que ces phénomènes n’étaient pas liés à de funestes présages mais tout simplement aux mouvements du cosmos contrairement aux écrits de l’époque. Cependant, il expliquait difficilement la fixité de la Terre ! Il recalcula les tables de parallaxe de Copernic.

 

 

L’épouse de Tycho donna naissance à un garçon que la mort frappa 6 jours plus tard. La vie trop cruelle ne lui faisait pas de cadeau. Mais il tenait à avoir un autre enfant et à l’été 1578, Kirsten donna le jour à une petite Sophie dont les yeux avaient l’éclat de la Lune. Grâce à la générosité du roi Frédéric II, la demeure de Tycho prenait forme et l’ouvrage sur le mouvement d’une comète également. Avec l’argent, il fît venir de l’Europe entière tous les ouvrages sur les comètes, des instruments de mesure de toutes sortes qu’il installa dans les bâtiments en construction dédiés à l’astronomie et à l’alchimie.

 

Enfin, une autre fille, Elisabeth, vînt agrandir la famille, puis un garçon, héritier tant espéré.  Peu de temps après, un sixième enfant, un garçon, finit de combler Tycho et son épouse. Mais un an auparavant, en  1582, une ordonnance royale résilia son mariage avec Kirsten et menaçait ses enfants en les privant de son héritage.

Quant à l’astronome, il poursuivait inlassablement ses mesures du ciel en se basant sur un système géocentrique où cinq planètes tournaient autour du Soleil qui tournait autour de la Terre ! Il avait un terrifiant problème de parallaxe avec Mars, il comprenait mal le cône d’ombre lunaire entre

 

 
 Terre et Soleil, car pour lui, le Soleil défilait dans le ciel…Il ensevelit le doute et chercha dans le domaine de l’optique.

Lors des éclipses de Lune, il avait pu constater que ses prédictions manquaient pour le moins de minutie, en particulier lors de la dernière éclipse. La disparition de l’astre commença avec un décalage de plus de 7 minutes et son inclinaison était différente de celle prévue par Copernic. Tycho vérifiait tous les jours la fixité de la Terre par ses yeux et sa raison, la théologie, la science et les mathématiques concordaient : nous ne sommes pas en mouvement. Si la Terre tournait, cela se serait vu sur l’eau " par d’innombrables perturbations " !

 

 

 

 

 

En ce début d’année 1588, le roi Frédéric II meurt alors que les prévisions astrologiques de Tycho lui promettaient encore longue vie. Le roi Christian IV, enfant de onze ans ne peut régner et les nobles de la Cour calomnient l’astronome. Les conseillers du nouveau roi inspectent l’île, mais tout se passe bien et la confiance est renouvelée au protégé du monarque.                

Tycho espérait la paix dans son île perdue, mais les visiteurs se succédaient sans cesse. Sa mère qui lui annonça son remariage et le roi d’Ecosse, James VI (futur Jacques 1er, roi d’Angleterre) suivi de nombreux astronomes de l’époque qui ne croyaient pas exactement au système de Brahé. En effet, ce dernier se posait des questions sur la trajectoire inexplicable de Mars qui traçait une sorte de saut arrière, une régression incompréhensible. Tycho apprivoisa la course martienne sans la comprendre. Planète indocile, elle devint son ennemi. Et pourtant il la poursuivait depuis dix ans, il passa encore des semaines en doutes et en duels de chiffres. Tycho étudiait également les " Tables et distances des étoiles ". Ses calculs variaient de ceux de Copernic sur les distances Terre-Soleil et Terre-Lune comparées au rayon terrestre. Il en était de même des volumes du Soleil et de la Terre1.

 

Le 28 décembre 1590, une éclipse de Lune confirma des écarts importants dans toutes les prévisions, les siennes comme celles des autres astronomes. Tycho enrageait. Comme il enrageait sur les dissensions internes dans son île et son observatoire. Tracasseries et querelles en tout genre exaspéraient l’astronome. Tout lui échappe, il ne contrôle plus rien ni personne et passe aux yeux du monde pour un ignoble tyran. Après " les années de construction " suivent " les années saccagées ".

 

En ce 7 décembre 1592, hormis les éloges de Galilée concernant les instruments d’observation de Tycho Brahé, l’astronome danois est moralement au plus bas. Non seulement il échoue dans ses intentions de marier sa fille aînée à l’un de ses assistants mais il éprouve d’insurmontables difficultés dans la gestion de ses biens. Au fil du temps, il perd la confiance du pouvoir danois.

Le 19 octobre 1593, Tycho observe une éclipse de Lune où il constate que l’astre se déplace plus vite durant l’éclipse. Réfléchissant sur ce phénomène, il décida qu’il étudierait les nuits de pleine Lune avec une attention démesurée. Il travailla à la théorie de l’inclinaison de l’orbite du satellite par rapport à l’écliptique dans une rotation circulaire.

Pendant ce temps, les calomnies à l’égard de Tycho continuaient. L’astronome se plaignait du vol et de l’utilisation frauduleuse de ses calculs par l’un de ses anciens assistants, Ursus. L’affaire alla en justice sans que celle-ci puisse trancher.  

Le 29 mars 1597, pressentant le pire, Tycho quitte son île avec sa famille et son matériel d’observation pour Copenhague. En effet, le jeune roi Christian IV décide de ne plus soutenir financièrement l’astronome. Le 4 avril de la même année, une enquête royale sur les pratiques religieuses et théologiques sur l’île d’Hveen s’abattit sur Tycho. Les paysans réclamaient justice et se plaignaient d’un astronome " pédant, outrecuidant et blasphémateur ". Devant tant d’ingratitude, Tycho quitte définitivement le Danemark.

 

Le célèbre astronome ne pouvait oublier les vingt années d’observations passées dans son île mais il ressentait cette rupture comme définitive jusqu’à sa propre mort. Sa famille et lui se réfugièrent chez un ami à Rostock puis au château de Wandsbeck près de Hambourg. Tycho n’acceptait pas le bannissement du roi Christian IV et il lui écrivit plusieurs foi afin d’obtenir de nouveau ses faveurs. Mais le monarque l’obligeait trop à s’abaisser. De plus, Tycho continuait à accuser Ursus de plagier les résultats de ses nombreuses observations. Il reçoit le duc Ulrich de Mecklembourg, grand-père du roi du Danemark et lui demande d’intercéder en sa faveur auprès de son petit-fils.

Mais Christian IV est excédé de l’audace de Tycho et lui répond " Œuvrez comme bon vous semble et cessez de nous importuner, nous et notre Pays ". La condamnation est sans appel.

 

Tycho Brahé part pour Prague en éclaireur afin de proposer ses services au roi de Hongrie et de Bohème, Rodolphe II qui aime s’entourer de savants et d’artistes. Mais une épidémie de peste s’est déclarée dans la ville et l’oblige à remettre son arrivée. Le mariage de sa sœur, Sophie, ne peut le consoler du décès de son frère, Jorgen. Lui-même sent la mort frapper à sa porte.

En cette fin d’année 1598, il apprend enfin son invitation officielle à la cour de Rodolphe II pour prendre la place d’astronome impérial de sa Majesté. Après l’éclipse de Lune du 31 janvier 1599 prévue à la minute près, il décide d’affronter le voyage pour Prague en espérant ardemment que Kepler accepte de devenir son assistant. Tycho est accueillit par Barvitz, secrétaire impérial de sa Majesté, dans une ville déserte où l’épidémie de peste a repris. Il doit emménager à proximité et c’est en juin 1599 que Rodolphe II l’invita officiellement à se rendre au château. Il est reçu par un monarque enthousiaste et très généreux. Le roi a hâte de découvrir le ciel et les instruments de l’astronome qui rapatrie rapidement sa famille et ses biens à Prague.

Tycho Brahé devient le confident et l’astrologue favori du roi. Mais le surintendant, gardien du trésor royal, le persécute continuellement en l’accusant de dilapider les finances. En outre, l’astronome poursuivait toujours son ancien assistant, Ursus, pour diffamation et souhaitait toujours le traduire en justice, tandis qu’il correspondait sans relâche avec Kepler afin de l’associer à ses travaux.

 

Enfin en cette année 1600, Kepler est sur la route de Prague. Il rencontre Ursus et la confrontation se passe-on ne peut plus mal. Le premier contact avec Tycho Brahé est prometteur d’un bel avenir de collaboration. Pourtant, l’époque est celle de tous les dangers, le dominicain Giordano Bruno, docteur en théologie, est brûlé vif pour avoir pensé l’Univers infini.

" Le différent entre Brahé et Kepler reposait sur la base même du système solaire. Pour Kepler, le problème de l’héliocentrisme était réglé. Cherchant à expliquer un système cohérent, le jeune astronome s’adonnait à une réflexion dont les yeux étaient absents… ". Il souffrait d’une vue médiocre. " De sa réflexion pouvait émerger une loi universelle… Il parvenait à échafauder des calculs d’une logique extrême… Il parlait de Soleil vrai et de Soleil moyen, d’un emplacement réel ou fictif. Mais pour Tycho, la lecture du ciel demeurait difficile à cause d’un problème physique et Kepler choisissait la difficulté d’entendement… Ainsi se tissaient les liens entre les penseurs de ce XVIème siècle finissant. Brahé brandissait ses découvertes face aux deux camps qui proclamaient la Terre et le Soleil comme centre du monde, en accord avec les Ecritures ".

Kepler savait déjà que l’homme un jour décollerait de la Terre pour la Lune et Mars.

Contre toute attente, la cohabitation entre Tycho Brahé et Kepler dégénère en querelles matérielles. Le caractère impulsif et la pingrerie de l’astronome danois exaspère son confrère allemand. Ils se quittent avec fracas. Brahé est riche, Kepler est pauvre et fait chichement vivre sa famille. Cependant, les deux hommes éprouvent un immense respect et une indicible admiration l’un pour l’autre.

Tycho Brahé  disposait d’un observatoire de treize chambres contenant un instrument par pièce et la collaboration du même nombre d’assistants.

Au mois d’août 1600, le traitre Ursus décède brutalement, non sans avoir signé de sa main sa repentance pour ses plagiats et ses insultes envers Tycho. Ce dernier est vengé.

 

Kepler revient enfin auprès de Brahé. Ils confrontent leurs théories, le système héliocentrique ou copernicien et l’autre, défendu par Tycho, le système géo héliocentrique où la Terre, conformément aux Ecritures, est au centre du monde et ne se meut pas. Kepler essaie de convaincre Brahé en lui proposant de considérer la Terre en mouvement et ainsi de résoudre les

" imperfections " des déplacements de certaines planètes. Mais l’astronome danois s’entête tandis que Kepler travaille sur la trajectoire de Mars. Brahé ne veut pas croire à l’influence déterminante de la Lune sur la Terre, il juge que Kepler complique à l’envi.

Le roi Rodolphe II accepte l’idée du méridien d’origine passant par Prague.

Le passage à l’année 1601 voit s’enrichir la collaboration des deux astronomes. Tycho marie sa fille Elizabeth et devient grand-père en septembre 1601. Mais en octobre de la même année, Tycho Brahé tombe gravement malade après un repas trop riche et arrosé. Il a d’importants problèmes rénaux et se meurt. Après d’atroces souffrances, il décède le 24 octobre 1601 à l’âge de cinquante quatre ans. C‘est seulement dans les délires de la mort qu’il crie : " Le Soleil, le Soleil au centre et non la Terre…Mon erreur est affreuse ! "

Quelques jours plus tard, Kepler retrouve les monceaux de calculs de l’astronome danois. Il s’enferme pour les étudier et il pleure en promettant de rendre plus qu’un hommage à l’amoureux des nuits et des étoiles !

 

Quel est l’héritage de 38 années d’observations ?

Johannes Kepler, grâce aux meilleures observations de Brahé, paracheva la théorie de Copernic. Il calcula ses lois universelles qui allaient permettre, bien après leur rédaction, d’envoyer des fusées dans l’espace.

Deux autopsies du corps de Tycho Brahé eurent lieu en 1901 et en 1985. En bon état de conservation, il fut soumis à des examens afin de découvrir si l’astronome avait été empoisonné. En 1991, un toxicologue danois conclut à un empoisonnement au mercure utilisé par Tycho dans des onguents alors qu’un Anglais pensa à un empoisonnement à l’arsenic. C’est un mystère à ce jour…

 

 

 

Ainsi s’achève l’ouvrage de Henriette Chardak dont l’écriture talentueuse m’a transporté quatre siècles dans le passé, des contrées froides et brumeuses du Danemark à la cour somptueuse du roi de Hongrie. J’ai partagé pendant presque 8 mois la vie de Tycho Brahé, ses joies et ses peines, ses espoirs et ses doutes, ses illusions et ses colères, ses voyages et ses rencontres.

L’astronome danois a révolutionné l’observation du système solaire à une époque dangereuse pour les êtres de lumières qui bouleversaient l’ordre établi. Il croyait profondément en Dieu et aux Ecritures, celles des hommes qui se trompent et ont fait perdre 1 500 années à la science.

Les hommes et les femmes d’aujourd’hui qui consacrent toute leur vie à la recherche, sans jamais considérer leur intérêt personnel mais uniquement pour enrichir les connaissances de l’Humanité, sont les dignes descendants de Tycho Brahé.

Je savais qu’un jour Tycho allait mourir comme tous les êtres vivants et pourtant en parcourant le passage du livre relatant son agonie, j’ai versé une larme…

Quel meilleur témoignage des instants de plaisir et d’émotion vécus en sa compagnie !

 

 

Excellente lecture à toutes et à tous et à bientôt.

 

 

(1)   On estimait le Soleil égal à 1 142 rayons terrestres alors que le globe solaire limité par la photosphère à un rayon égal à 109 rayons équatoriaux terrestres.

Le Soleil faisait 139 fois le volume terrestre alors qu’il fait 1 300 000 fois ce volume.

De même, on jugeait la distance Terre-Lune égale à 52 ou 60 fois le rayon terrestre selon Tycho et 52 ou 68 fois selon Copernic alors qu’elle est égale à environ 60 fois le rayon de la Terre.    

 

 

 

 

 

Pour notre prochain rendez-vous et si vous le voulez bien, je parcourrai pour vous un ouvrage d’Hubert Reeves " Patience dans l’azur, l’évolution cosmique " aux éditions du Seuil. 

Dans une nouvelle édition, revue et mise à jour, Hubert Reeves n’a rien moins que l’ambition de nous conter l’histoire de l’univers depuis le Big Bang jusqu’à nos jours…

Encore des moments de découvertes passionnantes.

 

 
 

      

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