Mise à jour 16 Juin 2015

CONFÉRENCE MENSUELLE DE LA SAF
 «L’ASTROPHYSIQUE AU TRAVERS DES OUVRAGES DE SCIENCE FICTION»

Par Roland LEHOUCQ
Astrophysicien CEA et Tintinologue

À l’AgroParisTech 16 rue C Bernard Paris 5.

Le Mercredi 10 Juin 2015 à 19H00  Amphi Tisserand

 

Photos : JPM pour l'ambiance (les photos avec plus de résolution peuvent m'être demandées directement)

Les photos des slides sont de la présentation de l'auteur.  Voir les crédits des autres photos et des animations.

Le conférencier a eu la gentillesse de nous donner sa présentation, elle est disponible sur ma liaison ftp et s'appelle :

SAF-Lehoucq-fiction.pdf, elle est dans le dossier CONF-MENSUELLES-SAF/ saison 2014-2015. .

Ceux qui n'ont pas les mots de passe doivent me contacter avant.

 

Cette conférence a été filmée en vidéo (grâce à UNICNAM et IDF TV) et est accessible sur Internet

On la trouve à cette adresse   disponible dans quelques jours

 

 

Tintin ou R Lehoucq attire du monde ?

 

 

Roland Lehoucq est astrophysicien au CEA Saclay, il est agrégé de Physique et ancien élève de Normale Sup ; sa spécialité est la topologie cosmique, mais c'est aussi un grand Tintinologue devant l'éternel

C’est lui qui a conçu avec d’autres collègues, la célèbre exposition « Le Grand récit de l’Univers » à la Cité des Sciences, où il nous avait guidés il y a quelques années.

 

Les œuvres de Science Fiction regorgent de références à l'astronomie et à l'astrophysique. Le conférencier montrera que celles-ci sont de bons prétextes pour aborder les connaissances scientifiques actuelles en réveillant la curiosité, en développant l’esprit critique et la capacité à analyser un problème, et surtout en s’amusant avec les sciences.

Cette démarche sera largement illustrée par des exemples tirés des aventures de Tintin, de la fameuse saga cinématographique Star Wars, et du récent blockbuster Avatar.

 

 

 

 

 

LES AVENTURES DE TINTIN.

 

Sans rien enlever au talent d’Hergé, il faut remarquer certains détails prouvent que ce n’était pas un scientifique, même s’il voulait coller le plus possible à la science de son époque.

 

La preuve dans cette vignette tirée de « Objectif Lune » où on a représenté exactement le même télescope que celui où E. Hubble regarde ; mais Hubble utilise le chercheur du télescope afin de se caler sur l’objet à étudier et dans l’album, sans réfléchir, Hergé fait faire la même chose à l’astronome, alors qu’il devrait utiliser l’objectif principal !

 

 

 

 

 

 

 

Autre remarque, lors du décollage de la fusée lunaire, celui-ci se déroule la nuit, or le spectacle (planche magnifique d’ailleurs) proposé par Hergé est manifestement de jour.

 

De plus on pourrait aussi ajouter que l’on ne distingue pas la fine pellicule atmosphérique.

 

Ne nous méprenons pas, ce n’est pas une critique de l’album, mais ces petites erreurs on manques d’informations sont une façon d’aborder ainsi des phénomènes astronomiques et astrophysiques et une possibilité de nous faire réfléchir !

 

(Personnellement je n’oublierai jamais que grâce à Tintin j’ai été sur la Lune 15 ans avant les Américains ! NDLR)

 

 

 

 

Passons à l’album suivant : « On a marché sur la Lune », à un moment Haddock sous l’emprise de la dive bouteille (on voit bien le whisky qui se met en boule sous l’effet de l’apesanteur, ce qui est parfaitement correct de la part d’Hergé) sort de la fusée et se trouve happé par l’astéroïde Adonis (véritable astéroïde découvert en 1932).

 

Haddock se trouve donc attiré par Adonis, dont il devient le satellite comme l’annonce malicieusement le Professeur Tournesol, quelle pourrait donc être la vitesse du Capitaine ?

Basée sur l’échelle de la fusée, on pourrait attribuer à Adonis une dimension de 700m environ, sa densité moyenne serait approx de 3 disons.

Le rayon évalué de l’orbite haddockienne 1500m ; ceci nous permet de calculer sa vitesse moyenne de l’ordre de 18cm/s soit moins de 1km/h, donc très lent. À cette vitesse là le Capitaine parcourt son orbite en approx 8 heures, ce qui ne semble pas coller avec l’histoire.

Notons que la force de gravité exercée par Adonis est très très faible, pensez à la sonde Philae qui a rebondi plusieurs fois sur la comète 67P

 

 

Par contre le plan de sauvetage imaginé par Tintin : arrêter le moteur fusée et la fusée stop et fait du sur place, est bien entendu une violation évident du principe d’inertie. Si le moteur s’arrête, la fusée continue son chemin à vitesse constante.

 

 

Dans l’album « L’étoile mystérieuse », au début lorsque Tintin voit l’araignée dans le télescope, évidemment ce n’est pas une scène réaliste, en effet on ne peut pas voir à la fois nette l’araignée posée sur le verre et l’étoile située à l’infini.

 

Justement, cette « étoile » quelle est sa nature ?

 

Plusieurs hypothèses sont passées en revue par notre conférencier sur les dires et les calculs du professeur Calys: ce n’est pas une comète ou un astéroïde, car c’est « une énorme boule de feu », ce n’est pas non plus une super nova car elle bouge alors une étoile ? de type solaire, naine blanche etc..

 

 

 

 

 

Là, Hergé nous fait découvrir le spectre de cette étoile comme le professeur nous montre son négatif tout juste sorti du bain révélateur.

 

C’est très proche de la réalité, même si Calys voit immédiatement sur ce spectre un nouvel élément qui n’existe pas sur Terre et qu’il baptise Calystène.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE MONDE DE STAR WARS.

 

Star Wars a révolutionné les films de science fiction ; les mondes et les technologies mis en avant semblent totalement irréalistes.

 

Notamment ce coucher de double soleil sur la planète Tatooine, dans quelles condition est-ce possible ?

Deux soleils, ce n’est pas du tout absurde car 68% des étoiles sont des étoiles doubles.

Que remarque-t-on ? Les étoiles sont rondes, donc pas d’effet de marée, elles sont probablement relativement distantes l’une de l’autre.

 

Comment une planète peut-elle évoluer dans un tel monde ?

Elle pourrait par exemple se situer à l’un des points de Lagrange des deux étoiles. (On en profitera pour étudier ces points certains stables d’autres instables). Mais si on était sur un des points stables, dans ce cas les deux étoiles seraient séparées de 60° sur un triangle équilatéral, ce qui n’est pas le cas.

 

 

 

 

Les étoiles de couleur jaune et orange, sont probablement semblables à notre Soleil, comme elles n’ont pas l’air d’interférer gravitationnellement entre elles, elles sont surement à une bonne distance l’une de l’autre, quelques dizaines de millions de km disons.

Tatooine dans le film possède un climat similaire à la Terre, donc est à la bonne distance par rapport à ces étoiles, peut être comme la Terre 150 à 200 millions de km de distance, donc une année sur Tatooine serait a peu près comme une année terrestre.

 

Une petite erreur du concepteur, lorsque l’on voit des personnages se déplacer à la surface de la planète, on ne voit qu’une seule ombre portée, alors qu’il y a….deux soleils.

 

Nombreuses autres remarques sur différentes séquences du film avec un intéressant point de vue concernant les anneaux de la planète Geonosis.

 

À première vue cet anneau ressemble à celui de Saturne.

Digression nous permettant d’essayer d’évaluer la fréquence des collisions à l’intérieur de cet anneau.

 

On ne remarque que des gros blocs, c’est-à-dire qu’il y a eu peu de collisions qui donnent naissance à des petits fragments. Donc cet anneau est très jeune, quelques centaines d’années peut-être sinon il serait beaucoup plus varié en taille de cailloux.

 

À cette occasion on peut expliquer la limite de Roche, limite en deçà de laquelle tout corps important est fracturé par les effets de marée dus à la différence de force entre les deux faces d’un éventuel satellite.

 

 

 

 

LE MONDE D’AVATAR.

 

 

Ce film de James Cameron est très esthétique mais est-il basé sur des connaissances scientifiques avérées.

 

L’action se déroule sur la planète Pandora ; satellite de la géante Polyphème, au nom bien évocateur, en effet pour Ulysse, c’était le géant cyclope, analogie à la grande tache (bleue) orage permanent de cette planète géante gazeuse de la taille de Saturne.

 

Mais où se trouve donc la planète Pandora ? Dans une zone habitable c’est sûr.

Dans le film il est dit que Polyphème tourne autour de l’étoile Alpha Centauri A, étoile située à 4,4 années lumière de la Terre, c’est une étoile un peu plus brillante que notre Soleil.

On voit à gauche Pandora satellite de Polyphème, on remarque aussi un plus petit satellite en haut à gauche qui donne une ombre sur l’atmosphère de Polyphème. Mais petit erreur, l’ombre portée n’est pas correcte par rapport à la face dans l’ombre de Pandora.

Mais, non, passons.

 

 

Que peut-on dire de plus sur Pandora ?

Dans le film on voit des vues du ciel de Pandora avec la géante gazeuse occupant une large place dans le ciel, cela permet d’évaluer la distance de Pandora et son orbite (on trouve après calculs 39h), et logiquement, à la vue de la distance proche entre ces deux corps, on peut imaginer que ceux-ci sont synchronisés comme la Terre et la Lune. Donc un hémisphère de Pandora ne verrait jamais Polyphème. Autre paramètre que l’on peut déduire de certaines séquences du film : la gravité sur Pandora.

Les habitants de cette planète ainsi que la végétation y sont de grande taille, la gravité pourrait donc y être plus faible que sur Terre, mais pas trop faible pour que les personnes se déplacent comme sur la Lune. R Lehoucq évalue la gravité au ¾ de la notre.

 

 

 

 

 

 

 

Etc etc… On remarque que l’on peut déduire une foule de choses intéressantes de ces différentes séquences et qu’elles sont surtout prétextes à des explications astrophysiques.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mille millions de mille sabords ! Belle conférence, merci Roland.

 

 

POUR ALLER PLUS LOIN :

 

 

On a marché sur la Lune : les secrets de Tintin par Futura Science

 

Les secrets de Star Wars par Futura Science.

 

Roland Lehoucq faire de la physique avec star wars vidéo.

 

Le monde d’Avatar est-il réaliste ? vidéo de R Lehoucq.

 

Roland Lehoucq - Festival D'astronomie De Fleurance 2013 vidéo

 

 

Les ouvrages de Roland Lehoucq consacrés à la Science Fiction :

 

*Faire de la science avec Star Wars, Le Pommier, 2005.

*Mais où est donc le temple du soleil ? Flammarion, 2003.

*D'où viennent les pouvoirs de Superman ? EDP 2003.

*SF : la science mène l'enquête, Le Pommier 2007

 

 

Bonnes Vacances et à nous revoir à la rentrée :

 

Prochaine conférence mensuelle de la SAF : Mercredi 9 Septembre 2015   19H00   AgroParistech   Amphi Tisserand

Nous avons le plaisir de recevoir :

Marc LACHIEZE-REY   Dr de recherche CNRS   Astrophysicien APC (Astro Particules et Cosmologie)

 

L’espace Temps et le centenaire de la Relativité Générale.

 

Entrée libre mais réservation obligatoire. À partir du 8 Août.

 

 

 

Bon ciel à tous

 

 

Jean Pierre Martin   Président de la commission de cosmologie de la SAF

www.planetastronomy.com

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