Mise à jour 21 Dec 2025.
CONFÉRENCE MENSUELLE
De Aurélie MOUSSI
Astrophysicienne, Cheffe de service Lunes et Petits Corps (CNES)
DART ET HERA MISSIONS DE DÉFENSE PLANÉTAIRE »
Organisée par la SAF
En présence du public et en vidéo (direct) sur canal YouTube SAF
Le Mercredi 10 Décembre 2025 à 19H00
Photos : BZ pour l'ambiance. (Les photos avec plus de résolution peuvent
m'être demandées directement)
Les photos des slides sont de la présentation de l'auteur. Voir les crédits des
autres photos si nécessaire
La présentation est disponible sur
ma liaison ftp ,
Rentrer le mot de passe, puis aller à CONFÉRENCES SAF ensuite SAISON 2025/2026 ;
Elle s’appelle : Hera-SAF Dec 2025.pdf
Ceux qui n'ont pas les mots de passe doivent aussi me
contacter avant..
La vidéo de la réunion est accessible à cet URL :
Encore une fois nous avons eu des problèmes de diffusion sur YouTube, nous vous
présentons nos excuses.
Ces problèmes ont été dus notamment à une mauvaise gestion du PPT et de
l’utilisation des micros.
Tout ceci a entrainé une perte de signal des vingt premières minutes.
Tous les autres enregistrements des conférences mensuelles sont accessibles sur
la playlist
des conférences mensuelles d’Astronomie de notre chaine YouTube SAF.
Nous étions approx 80 dans la salle et 78 à distance sur YouTube lorsque j’ai
abandonné suite au son déplorable.

Aurélie Moussi est astrophysicienne, spécialisée en météorites et petits corps
(astéroïdes, .etc.).
Elle travaille au CNES depuis 2007.
Elle était responsable des opérations scientifiques à bord de l'atterrisseur
Philae lors de la mission Rosetta. Elle a aussi participé à la mission Hayabusa
(atterrisseur Mascot) vers Ryugu.
Elle est cheffe de projet de la mission HERA.
Ce soir on va parler de défense planétaire, c’est-à-dire des moyens de défense
contre un éventuel astéroïde se dirigeant vers notre planète.
On commence par une introduction sur les astéroïdes.
LES ASTÉROÏDES.
Lors de la formation du système solaire il y a 4,567 Milliards d’années, il
subsiste des restes de
cette formation des planètes, ce sont ces astéroïdes. Ce sont donc les
témoins de la formation du système solaire.
Ce sont des formations rocheuses ou métalliques qui orbitent autour du soleil,
principalement entre Mars et Jupiter et bien au-delà de Pluton dans ce que l’on
appelle la ceinture de Kuiper.
Tailles et formes variées (certains ont même leur propre lune)
En voici quelques-uns
sur ce pot-pourri de la NASA.
On distingue principalement 3 catégories d’astéroïdes :
·
Carbonés (type C) : riche en carbone, très sombres (plus que le charbon),
·
Rocheux (Type S) : contient silicates et fer, aspect de roche sombre
·
Métalliques (Type M) : contient du nickel et du fer, aspect brillant

Ceux qui nous intéressent ce soir sont ceux situés dans la ceinture principale,
entre Mars et Jupiter.
On voit représentés sur ce schéma, les astéroïdes en vert, les astéroïdes
pouvant croiser l’orbite de la Terre (les NEA Near Earth Asterooids, ou
géocroiseurs en français) en rouge, et en bleu des comètes.
Les géocroiseurs sont potentiellement dangereux. (PHA).
Il y a déjà eu de nombreuses missions d’étude d’astéroïdes ou de noyaux de
comètes, en voici quelques-unes :
(voir les dossiers spécifiques dans les références à la fin)
·
Galieo (NASA) en route vers Jupiter survole Gaspra en 1991 et Ida en 1993
·
NEAR Shoemaker (NASA) lancé en 1996 vers le géocroiseur Eros. Orbite et
« atterrissage en douceur ».
·
Deep Space one (NASA), survol en 1999 de la comète Borelli, moteur ionique
·
Cassini ‘NASA/ESA) survole l’astéroïde Masursky en 200, en route pour Saturne.
·
Stardust (NASA) passe en 2004 dans la queue de la comète Wild 2 et rapporte ces
échantillons sur Terre.
·
Hayabusa (JAXA) en orbite en 2005 autour d’Itokawa, prise d’échantillons et
retour sur Terre.
·
Dawn (NASA) en 2011, vers les plus gros astéroïdes Ceres et Vega fin en 2018.
·
Hayabusa 2 (JAXA) en orbite en 2018 autour de l’astéroïde Ryugu, prise
d’échantillons et retour.
·
Osiris-Rex (NASA) vers l’astéroïde Bennu, orbite en 2018, prise d’échantillons
et retour.
·
Rosetta (ESA) frôle Steins en 2008, Lutetia en 2010 et orbite autour de la
comète 67P en 2014.
Et quelques missions en cours :
·
Lucy (NASA) lancée en 2021 vers les Troyens de Jupiter pour 2027
·
Psyche (NASA) lancée en 2023 vers un astéroïde « métallique ».
Les matériaux rapportés sur Terre après analyse ont permis de mieux caractériser
ces différents corps.
Et maintenant les deux missions de défense planétaire, thèmes de la soirée.
LA DÉFENSE PLANÉTAIRE.
La défense planétaire s’occupe de la gestion des risques d’impact de
géocroiseurs avec notre planète. Cela comprend :
·
Recensement de ces objets à l’aide de télescopes terrestres et spatiaux
·
Déclenchement d’alertes avec une coordination internationale
·
Examen des solutions possibles, tel que par ex. moyens de déviation possibles.
Le recensement des géocroiseurs.
On va s’intéresser aux objets qui ont déjà touché la Terre, on se rappelle tous
la météorite de Tcheliabinsk
en 2013 qui avait été filmée sous tous les angles. Par chance elle avait explosé
en altitude. Le corps lui-même devait mesure une dizaine de m.
Voir la vidéo :
https://youtu.be/o15fV2fiZME
Un des plus impressionnant,
celui de la Tungunska,
un objet de plus de 50m de diamètre mais au-dessus d’une zone désertique de
Sibérie, le 30 Juin 1908, ce qui a donné naissance à l’asteroid day tous les 30
Juin en son honneur.
On rappelle que chaque jour,
100 tonnes d'astéroïdes
se désintègrent dans notre atmosphère
Devant la diversité de la taille des corps pouvant impacter la Terre, on a
procédé à un système de classement suivant les différents dangers.
Tableau présenté par Aurélie, origine CNES.
Cela a donné naissance à une échelle des dangers appelée
l’échelle de Turin.
Les alertes.
D’après le tableau précédent, on s’aperçoit que les objets de taille supérieure
à 140m de diamètre sont les plus dangereux, alors il a fallu déterminer un
critère pour ces « tueurs ».
Ces géocroiseurs potentiellement dangereux (PHA en anglais), si dans les cent
ans à venir, ils passent à moins de 0,05 UA de la Terre (7,5 millions de km), on
les caractérisera comme tels.
Actuellement, un seul semble entrer dans cette catégorie, c’est le fameux
Apophis
(300m de diamètre et 50 millions de t) dont on parle depuis plusieurs années.
Découvert en 2004, on a longtemps pensé qu’il heurterait la Terre en 2029, mais
les récentes mesures ne semblent pas le confirmer.
Méthodes de déviation.
Diverses méthodes dont beaucoup n’ont pas encore été testées.
o
Impact cinétique comme DART dont nous allons parler
o
Explosion nucléaire à proximité ou en profondeur (style Deep Impact ou
Armageddon)
·
Par poussée lente en stade projets uniquement) :
o
Tracteur gravitationnel
o
Effet Yarkovsky
(ou YORP)
o
Laser, peinture..
LES MISSIONS DART ET HERA.
Ces missions font partie du
programme AIDA
(Asteroid Impact and Deflection Assessment) qui est une coopération
internationale pour la défense planétaire.
DART est une mission pour impacter et
faire dévier un
astéroïde, DART pour Double Asteroid Redirection Test.
C’est le JHUAPL (celui de la mission New Horizons par ex) qui est en charge de
l’impacteur et c’est SpaceX qui est chargé du lancement avec une Falcon 9,
depuis la base de Vandenberg en Californie sur une orbite polaire. Lancement 23
Nov 2021.
C’est une mission qui devrait nous préparer à une éventuelle mauvaise rencontre
avec un astéroïde en route pour la Terre.
C’est une répétition de ce que l’on pourrait essayer de faire pour lutter contre
un tel impact.
DART est un impacteur cinétique, comme l’avait été la mission Deep Impact il y a
quelques années en 2005, avec la comète Tempel 1.
On n’avait d’ailleurs pas noté de changement notable de l’orbite à cette
occasion.
Cette fois-ci on s’attaque à un
système binaire de
petits astéroïdes : Didymos (800 m) et sa lune Didymoon (150 m).
L’idée est d’impacter le petit satellite Didymoon à 6 km/s avec DART (500 kg) et
de voir l’influence que
cela produit sur les orbites des deux corps. L’impact est prévu en sept
2022, alors que les deux astéroïdes seront à 11 millions de km de nous.
Les scientifiques ont calculé que cet impact
devrait changer la vitesse
orbitale de Didymos de 0,4 mm/s ce qui devrait ainsi altérer la vitesse orbitale
de son compagnon Didymoon de 0,5 mm/s.
Cela peut ne pas paraitre énorme, mais au cours du temps c’est ce qui peut faire
la différence entre un choc avec la Terre ou l’évitement.
Pour information Didymos n’est pas un astéroïde dangereux pour notre planète et
l’impact n’aura aucune influence sur un futur éventuel danger.
DART étant une mission suicide, elle n’emporte que très peu d’instruments : un
suiveur d’étoiles et une caméra de 20 cm d’ouverture pour la navigation. (DRACO)
qui sera chargée de filmer l’impact depuis l’impacteur.
Une mini caméra éjectée de DART à bord d’un mini satellite CubeSat italien (
LICIACube
acronyme de Light Italian CubeSat for Imaging Asteroids) devrait filmer l’impact
et nous transmettre ses images. Avec un peu de chance, on devrait aussi depuis
la Terre imager l’impact.
Que dire encore, la sonde est équipée d’un moteur ionique au Xénon, version
améliorée du moteur qui était à bord de la sonde Dawn.
Ce moteur porte le nom de NEXT-C, acronyme de NASA Evolutionary Xenon Thruster –
Commercial.
Vue de l’ensemble de la mission DART/HERA, DART qui impacte et HERA lancée plus
tard qui observe le résultat au sol.
(illustration crédit ESA)
Superbes images très détaillées jusqu’au moment de l’impact.
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Capture d’écran de NASA TV de l’impact de DART sur Dimorphos (160 m
diamètre). À gauche on remarque le corps principal Didymos (780 m).
À droite image la plus complète avant l’impact. |
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La petite caméra Italienne LICIACube a continué à nous fournir
des photos de la rencontre
fatale
En fait après étude plus poussée (voir article
original
publié dans le The Planetary Science Journal ou TPSJ), on s’est aperçu que cette
collision avait eu des
effets bien plus importants que prévu. L’impact avait trop bien
marché !!!
En bref après avoir modifié l’orbite de Dimorphos on s’est rendu compte que :
·
La forme de Dimorphos a été modifiée
·
Il y a eu une très grande éjection de débris (plus de 100), ce qui nous a
surpris. Ils ont participé à fourniture d’’énergie pour le changement d’orbite.
Plus tard, l’ESA lance sa mission HERA pour se rendre aux environs de Didymos
fin 2026 afin d’observer l’astéroïde dévié, de mesurer sa masse et de
cartographier à haute résolution le cratère laissé par l’impact avec DART.
Profil de la mission HERA. Crédit : ESA Science Office.
Lancement Octobre 2024, près de deux ans et demi de croisière avec assistance
gravitationnelle par Mars, arrivée sur Dimorphos en décembre 2026, mise en
orbite puis étude du système pendant 6 mois. Une tentative d’atterrissage sur
Didymos sera effectuée.
On essaiera aussi de déterminer la structure de ces deux corps.
HERA 13 m d’envergure et 1150 kg de masse.
Un grand nombre d’instruments (11)
et deux mini satellites style « cubesat » (Milani
et
Juventas),
devraient aider à compléter cette mission.
Les informations recueillies par les cubesats sont d’abord envoyées vers HERA
avant d’être expédiée vers la Terre.
Signalons que notre ami Patrick
Michel,
astrophysicien à l’OCA (Laboratoire Lagrange), est aussi très impliqué dans ce
programme, il en est le responsable scientifique
Voilà ce que l’on sait à ce jour de ce système double d’astéroïdes.
Illustration CNES
COMPLÉMENTS.
Sur la mission Hayabusa 2 vers Ryugu, on a pu déterminer certaines
caractéristiques de cet astéroïde :
·
Formation de Ryugu par ré accumulation de fragment de l’élément parent
·
Impact de surface : cratère plus grand qu’attendu (faible cohésion, matériau de
surface jeune)
·
Astéroïde de type C.
·
Échantillon composé de minéraux hydratés et de matière organique (matière
cosmique la plus primitive jamais collectée par l’homme) => données cruciales
pour comprendre la formation du système solaire
La mission devrait se poursuivre en 2026 avec le survol de l’astéroïde Torifune
et en 2031 du tout petit 1998 KY26.
Sur la mission Osiris-Rex/APEX vers Bennu :
·
122 g collectés et retournés sur Terre en sept 2023
·
Mission prolongée en Osiris-APEX avec Apophis en cible (Avril 2029)
Future mission RAMSES (Rapid Asteroid Mission for SpacE Safety) de l’ESA.
·
Rendez-vous avec l'astéroïde géocroiseur (99942) Apophis qui passera à
31500 kilomètres (soit 0,08 distance lunaire) de la surface de la Terre le 13
avril 2029.
·
Lancement: 2028
POUR ALLER PLUS LOIN :
Toutes les infos et missions vers les astéroïdes
sur votre site préféré.
Effet Yarkovsky : qu'est-ce que c'est ?
AIDA DART par le Lunar and Planetary Institute.
L’impact de la sonde DART de la NASA sur l’astéroïde Dimorphos
The Hera Space Mission in the Context of Small Near-Earth Asteroid Missions in
the Past, Present and Future
par P Michel et al.
Retour d’échantillons d’astéroïdes :
CR de la conf SAF de A. Moussi du 12 Janv 2022
Conf Int. sur les astéroïdes :
CR de cette journée spéciale « astéroïdes » du 30 Juin 2018
À la conquête des astéroïdes et comètes :
CR de la conf IAP de P Michel le 8 Nov 2011
Bon ciel à tous
Prochaine conférence SAF. : le mercredi 14 Janvier 2026 (CNAM) 19 H
avec Jean Philippe UZAN Astrophysicien IAP sur
« LE MODÈLE COSMOLOGIQUE STANDARD ENTRE SUCCÈS ET
TENSIONS
et remise du Prix Janssen au conférencier.
Réservation comme d’habitude à
partir du 11 Décembre 9h00 ou à la SAF directement.
La suivante : 11 Fev 19h « EXTRAORDINAIRES PLANÈTES EXTRASOLAIRES.! » avec G
Hebrard IAP
Transmission en direct sur le canal YouTube de la SAF : https://www.youtube.com/channel/UCD6H5ugytjb0FM9CGLUn0Xw/feautured
Bon ciel à tous !
Jean Pierre
Martin
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